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MÉDIAS

Les nouvelles quotidiennes des journaux de langue française concernant Israël

TAGEBLATT (LUXEMBOURG) 04/04

Naplouse envahi par les chars israéliens

L'armée israélienne est entrée en force mercredi soir dans Naplouse, la plus grande ville palestinienne de Cisjordanie, poursuivant sa campagne en dépit des pressions et des critiques internationales croissantes.

Plus de 100 chars ont envahi cette ville du nord de la Cisjordanie, où les Palestiniens tentent de résister. "Les Israéliens ont pénétré à Naplouse de toutes les directions avec un nombre incalculable de véhicules militaires", a déclaré le chef des services de renseignements de la ville Talal Diwikat. L'opération a détourné l'attention de Bethléem, envahie mardi, et où des centaines de Palestiniens armés étaient retranchés dans la Basilique de la Nativité, promettant de résister à l'armée israélienne.

Neuf Américains, quatre Britanniques et un Japonais ont été évacués en soirée de Bethléem dans un convoi de voitures diplomatiques et six journalistes de médias italiens ont également pu quitter la ville assiégée. Huit Palestiniens ont été tués mercredi, cinq dans la région de Jénine et trois à Bethléem. Une Palestinienne a été tuée mercredi soir à Naplouse, ce qui porte à 1.699 le nombre de tués depuis le début de l'Intifada en septembre 2000, dont 1.256 Palestiniens et 411 Israéliens.

A Naplouse, M. Diwikat, joint par téléphone, a affirmé que les colonnes israéliennes avaient été accueillies par des tirs d'armes lourdes palestiniennes. De violents combats se poursuivaient à mesure que les chars progressaient dans la ville. Les tankistes ont détruit aux obus de chars un poste de contrôle palestinien à l'entrée ouest de Naplouse alors que des véhicules blindés se sont dirigés vers des camps de réfugiés de Balata et d'Askar situés dans la ville. Selon M. Diwikat, plus de 400 chars ont été massés autour de la ville depuis deux jours dans le cadre de l'opération "Rempart" destinée, selon le Premier ministre israélien Ariel Sharon, à "détruire les infrastructures des groupes terroristes" palestiniens.

L'armée israélienne a pris le contrôle depuis vendredi en Cisjordanie, des villes de Ramallah, Tulkarem, Kalkiliya, Jénine et Bethléem. Elle assiège le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat, déclaré "ennemi d'Israël" par M. Sharon, dans les bureaux de son quartier général de Ramallah. De son refuge, Arafat a envoyé un message exhortant les Palestiniens armés à défendre Jénine et a été joint par téléphone par le Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik qui lui, a promis de tout faire pour obtenir un plus grand engagement des Etats-Unis.

Il s'est également félicité de la décision de l'Egypte de réduire les contacts avec Israël aux seuls échanges diplomatiques, une décision désapprouvée par Washington, alors que la direction palestinienne appelait à l'unité nationale et à s'"organiser pour une longue résistance" contre Israël.

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell s'est montré réservé sur l'idée européenne d'une conférence internationale sur le Proche-Orient, avancée par le président de la Commission européenne Romano Prodi. Israël a rejeté cette proposition alors que l'Autorité palestinienne l'a favorablement accueillie.

"Je ne suis pas en mesure d'appeler à une conférence tant que l'on ne sait pas à quoi elle va servir", a déclaré M. Powell, soulignant que "le problème immédiat est de parvenir à contrôler la violence et le terrorisme". Il n'a cependant pas exclu des entretiens avec des responsables du Proche-Orient lors de sa tournée en Europe qui commence lundi, mais a écarté une visite dans la région.

Contrairement aux Américains qui semblent peu pressés d'intervenir, les Européens ont multiplié les démarches. Le président en exercice de l'Union européenne, José Maria Aznar, chef du gouvernement espagnol, a demandé à Sharon de le rencontrer dès jeudi, ainsi qu'Arafat. Réticent, le Premier ministre israélien a promis de discuter de cette proposition en soirée au cours d'une réunion de son cabinet.

A Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont entamé une réunion spéciale et devaient échanger idées et propositions, dont l'envoi "immédiat" d'une délégation au Proche-Orient.

Le cabinet de sécurité israélien devait tenir mercredi soir une réunion extraordinaire consacrée à l'escalade à la frontière israélo-libanaise, à la suite d'attaques du Hezbollah chiite libanais. Israël, qui craint l'ouverture d'un deuxième front, a appelé l'ONU à intervenir pour apaiser la tension à sa frontière nord et adressé une mise en garde au Liban et à son tuteur syrien.

Zinni sans doute autorisé à rencontrer Arafat, mais pas l'UE

L'émissaire spécial américain Anthony Zinni devait être autorisé par le Premier ministre israélien Ariel Sharon à rencontrer le président palestinien Yasser Arafat assiégé à Ramallah en Cisjordanie, a indiqué jeudi à l'AFP un responsable israélien.
Ce même responsable à la présidence du Conseil, qui a requis l'anonymat, a indiqué plus tôt qu'Israël avait en revanche décidé d'empêcher une délégation de l'Union européenne, attendue jeudi, de rencontrer M. Arafat.

»Anthony Zinni qui tente de parvenir à un cessez-le-feu s'entretiendra dans la journée avec le Premier ministre et il y a toute chance pour qu'il obtienne l'autorisation de rencontrer Arafat», a affirmé le responsable.

»Le gouvernement israélien a toujours affirmé qu'il aiderait au succès de la mission de Zinni. Le but de l'émissaire américain est de discuter des conditions d'un arrêt des combats de la part des Palestiniens», selon lui.

M. Zinni avait entamé une troisième mission de médiation entre Israéliens et Palestiniens à la mi-mars. Il a rencontré à plusieurs reprises le président Arafat avant qu'il ne soit »isolé» depuis vendredi par l'armée israélienne dans son quartier général de Ramallah.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres, cité par la radio publique, a également estimé qu'Israël devait permettre à M. Zinni de rencontrer le président Arafat. »Il va tenter de parvenir à un cessez-le-feu et il faut le laisser mener sa mission», a ajouté M. Peres.

Sur une rencontre d'une délégation de l'UE avec M. Arafat, le responsable israélien qui a requis l'anonymat a indiqué qu'Israël ne »permettrait pas à une délégation européenne de briser l'isolement qu'il impose à Arafat».

Selon lui, les »Européens ont comme seul but de fournir une scène publique à Arafat et cela, nous ne le permettrons pas», a-t-il poursuivi.

Les Quinze sont convenus dans la nuit d'envoyer jeudi une mission au Proche-Orient pour appuyer l'application de la résolution 1402 du Conseil de sécurité des Nations Unies, votée le 30 mars.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Piqué, dont le pays assure la présidence de l'Union européenne, et le haut représentant de l'UE pour la politique extérieure Javier Solana, ont quitté jeudi matin Luxembourg pour Israël, a annoncé la radio nationale espagnole.

Israël poursuit sa campagne en lançant ses chars sur Naplouse

L'armée israélienne est entrée en force mercredi soir dans Naplouse, la plus grande ville palestinienne de Cisjordanie, poursuivant sa campagne en dépit des pressions et des critiques internationales croissantes.
Plus de 100 chars ont envahi cette ville du nord de la Cisjordanie, où les Palestiniens tentent de résister. »Les Israéliens ont pénétré à Naplouse de toutes les directions avec un nombre incalculable de véhicules militaires», a déclaré le chef des services de renseignements de la ville Talal Diwikat.

L'opération a détourné l'attention de Bethléem, envahie mardi, et où des centaines de Palestiniens armés étaient retranchés dans la Basilique de la Nativité, promettant de résister à l'armée israélienne.

Neuf Américains, quatre Britanniques et un Japonais ont été évacués en soirée de Bethléem dans un convoi de voitures diplomatiques et six journalistes de médias italiens ont également pu quitter la ville assiégée.

Huit Palestiniens ont été tués mercredi, cinq dans la région de Jénine et trois à Bethléem. Une Palestinienne a été tuée mercredi soir à Naplouse, ce qui porte à 1.699 le nombre de tués depuis le début de l'Intifada en septembre 2000, dont 1.256 Palestiniens et 411 Israéliens.

A Naplouse, M. Diwikat, joint par téléphone, a affirmé que les colonnes israéliennes avaient été accueillies par des tirs d'armes lourdes palestiniennes. De violents combats se poursuivaient à mesure que les chars progressaient dans la ville.

Les tankistes ont détruit aux obus de chars un poste de contrôle palestinien à l'entrée ouest de Naplouse alors que des véhicules blindés se sont dirigés vers des camps de réfugiés de Balata et d'Askar situés dans la ville.

Selon M. Diwikat, plus de 400 chars ont été massés autour de la ville depuis deux jours dans le cadre de l'opération »Rempart» destinée, selon le Premier ministre israélien Ariel Sharon, à »détruire les infrastructures des groupes terroristes» palestiniens.

L'armée israélienne a pris le contrôle, depuis vendredi en Cisjordanie, des villes de Ramallah, Tulkarem, Kalkiliya, Jénine et Bethléem. Elle assiège le président palestinien Yasser Arafat, déclaré »ennemi d'Israël» par M. Sharon, dans les bureaux de son quartier général de Ramallah.

De son refuge, M. Arafat a envoyé un message exhortant les Palestiniens armés à défendre Jénine et a été joint par téléphone par le Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik qui lui, a promis de tout faire pour obtenir un plus grand engagement des Etats-Unis.

Il s'est également félicité de la décision de l'Egypte de réduire les contacts avec Israël aux seuls échanges diplomatiques, une décision désapprouvée par Washington, alors que la direction palestinienne appelait à l'unité nationale et à s'»organiser pour une longue résistance» contre Israël.

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell s'est montré réservé sur l'idée européenne d'une conférence internationale sur le Proche-Orient, avancée par le président de la Commission européenne Romano Prodi. Israël a rejeté cette proposition alors que l'Autorité palestinienne l'a favorablement accueillie.

»Je ne suis pas en mesure d'appeler à une conférence tant que l'on ne sait pas à quoi elle va servir», a déclaré M. Powell, soulignant que »le problème immédiat est de parvenir à contrôler la violence et le terrorisme».

M. Powell n'a pas exclu cependant des entretiens avec des responsables du Proche-Orient lors de sa tournée en Europe qui commence lundi, mais a écarté une visite dans la région.

Contrairement aux Américains qui semblent peu pressés d'intervenir, les Européens ont multiplié les démarches. Le président en exercice de l'Union européenne, José Maria Aznar, chef du gouvernement espagnol, a demandé à M. Sharon de le rencontrer dès jeudi, ainsi que M. Arafat.

Réticent, le Premier ministre israélien a promis de discuter de cette proposition en soirée au cours d'une réunion de son cabinet.

A Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont entamé une réunion spéciale et devaient échanger idées et propositions, dont l'envoi »immédiat» d'une délégation au Proche-Orient.

Le cabinet de sécurité israélien devait tenir mercredi soir une réunion extraordinaire consacrée à l'escalade à la frontière israélo-libanaise, à la suite d'attaques du Hezbollah chiite libanais.

Israël, qui craint l'ouverture d'un deuxième front, a appelé l'ONU à intervenir pour apaiser la tension à sa frontière nord et adressé une mise en garde au Liban et à son tuteur syrien.

L'armée israélienne étend son offensive en Cisjordanie malgré les critiques

L'armée israélienne a étendu mercredi son offensive en Cisjordanie malgré les pressions internationales croissantes, et encerclait des centaines de Palestiniens dont certains armés, retranchés dans la basilique de la Nativité, à Bethléem.
Les manifestations anti-israéliennes et anti-américaines se sont poursuivies dans le monde arabe. Certaines ont été réprimées par la police notamment au Liban.

Après Ramallah, Tulkarem et Kalkiliya, l'armée israélienne a réoccupé Bethléem puis Jénine, dans une opération lancée le 29 mars après une vague d'attentats suicide palestiniens sans précédent sur son sol.

L'armée a tué cinq Palestiniens dans la région de Jénine où de violents heurts ont opposé des soldats à des Palestiniens armés. Deux Palestiniens ont été aussi tués à Bethléem. Un autre Palestinien, qui selon l'armée préparait un attentat, a été abattu en Cisjordanie. Le bilan exact des opérations restait sujet à caution, Israël ayant fermé les zones d'affrontements à la presse.

A New York, le représentant palestinien à l'ONU, Nasser al-Kidwa, a ouvert un débat sur le Proche-Orient devant le Conseil de sécurité en demandant »l'application immédiate» de la résolution 1402 sur un cessez-le-feu immédiat et un retrait des troupes israéliennes des villes de Cisjordanie.

Le représentant d'Israël, Yehuda Lancry, a demandé en revanche que le Conseil adopte une résolution exigeant la fin des attaques suicide.

La Maison Blanche a appelé Israéliens et Palestiniens à s'atteler au déblocage des plans Tenet et Mitchell sur un cessez-le-feu. Son porte-parole, Ari Fleischer a appelé les Palestiniens à faire »100% d'efforts» pour un cessez-le-feu et a répété que le président George W. Bush comprenait et respectait le droit d'Israël à se défendre contre les attentats suicide.

Une réunion »urgente» des ministres des Affaires étrangères arabes aura lieu samedi au Caire, à la demande des Palestiniens qui attendent des Arabes des mesures concrètes pour faire cesser l'offensive israélienne.

Malgré les pressions internationales, rien ne semble pouvoir arrêter Israël qui continue par ailleurs d'assiéger depuis vendredi le président palestinien Yasser Arafat dans quelques pièces de son quartier général à Ramallah, ville déclarée zone militaire fermée et sous couvre-feu.

A Bethléem, des témoins ont indiqué que 300 à 400 personnes s'étaient retranchées dans la Basilique de la Nativité. L'armée a indiqué que des Palestiniens avaient tiré à partir de l'église sur des soldats encerclant le bâtiment et affirmé vouloir négocier leur reddition.

Israël a accusé ces Palestiniens d'»exploiter de façon cynique une église».

Mais le Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, qui a été bloqué à Bethléem à un barrage militaire avec quelque 200 représentants des Eglises chrétiennes, a assuré que tous ceux qui se trouvaient à l'intérieur de la basilique avaient déposé les armes et bénéficiaient d'»un droit de refuge».

L'armée israélienne semblait également se préparer à envahir Naplouse, la plus grande ville de Cisjordanie. Des centaines de chars et véhicules blindés étaient déployés dans la localité autonome de Salfit, à une vingtaine de km.

La police israélienne a dispersé sans ménagement, aux gaz lacrymogènes et aux grenades assourdissantes quelque 2.000 pacifistes juifs et arabes à un barrage militaire entre Jérusalem et Ramallah.

La dégradation apparemment inéluctable de la situation a conduit la majeure partie de la communauté internationale, à l'exception marquante des Etats-unis à presser pour une intervention extérieure, refusée par Israël.

Outre la prochaine réunion de la Ligue arabe, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne devaient se réunir d'urgence en soirée à Luxembourg.

Le président de la Commission européenne Romano Prodi a estimé nécessaire la convocation d'une conférence internationale. Israël a rejeté cette proposition alors que l'Autorité palestinienne l'a favorablement accueillie.

Le Vatican a demandé aux protagonistes de respecter les églises de Bethléem, exprimant à Israël et aux Etats-Unis l'inquiétude du pape Jean Paul II.

De son côté, le département d'Etat américain a encouragé l'Egypte et Israël à »maintenir les contacts les plus étroits possible», après la décision du Caire de revoir à la baisse ses échanges avec l'Etat hébreu.

Sur un autre front, le Hezbollah chiite libanais a tiré des obus de mortier et des roquettes Katioucha sur des positions de l'armée israélienne dans le secteur controversé des fermes de Chebaa, à la frontière entre le Liban et le Golan syrien occupé. L'armée israélienne a riposté par des raids aériens et des bombardements à l'artillerie des villages voisins.

LIBÉRATION 04/04

ISRAËL BOUCLE LA CISJORDANIE

Plusieurs villes sous contrôle palestinien, dont Naplouse et Jénine, ont été réoccupées.

Malgré les protestations de plus en plus virulentes de la communauté internationale, l'armée israélienne poursuit sans relâche son opération de réoccupation de la Cisjordanie. Après Ramallah, Qalqiliya, Tulkarem et Bethléem, Tsahal est entrée hier à l'aube dans deux nouvelles villes sous contrôle palestinien, Salfit et Jénine. Dans la soirée, l'armée pénétrait dans Naplouse, où de violents combats se sont déroulés et où une Palestinienne aurait été tuée dans une explosion, selon des témoins. Au même moment, la direction palestinienne appelait depuis Gaza «les masses palestiniennes à s'organiser pour une résistance de longue durée contre l'occupant».

Couvre-feu strict. A Bethléem, la situation restait hier soir très préoccupante pour la population, en majorité chrétienne, terrorisée par l'intensité des combats et le couvre-feu très strict imposé par Tsahal. Même les cadavres restaient bloqués dans certaines maisons, les ambulances palestiniennes ayant de grandes difficultés à circuler dans les rues patrouillées par l'armée.

Cet état de tension extrême était maintenu par la présence de quelque deux cents activistes palestiniens armés, retranchés dans l'église de la Nativité (lire témoignages ci-contre), bâtie sur les lieux où la tradition veut que le Christ soit né. Une quarantaine de franciscains et une trentaine de moines grecs orthodoxes et arméniens s'y trouvent. L'un d'entre eux a fait savoir à Reuters par téléphone qu'il n'y avait pas assez de vivres pour tenir plus de quelques jours. Fait rarissime, le Vatican a convoqué les ambassadeurs d'Israël et des Etats-Unis auprès du Saint-Siège et le pape a envoyé un message personnel à George W. Bush. Des tractations seraient en cours pour obtenir que les activistes déposent les armes en échange de la vie sauve.

Il était encore très difficile hier de savoir exactement le nombre de victimes et la situation exacte sur le terrain en Cisjordanie, l'armée israélienne continuant à priver les journalistes de toute liberté de mouvement. Impossible par exemple de savoir avec certitude ce qu'il est advenu des vivres que les autorités israéliennes affirment avoir fourni mardi au leader palestinien et à son entourage, enfermés dans le palais présidentiel de la Mouqataa, à Ramallah. Des proches d'Arafat affirmaient hier que celui-ci n'avait rien reçu et que la nourriture commençait à manquer. «Nous lui avons envoyé des vivres et il les a reçues», nous a déclaré un porte-parole de l'armée.

A Ramallah, la tension est remontée d'un cran hier après-midi, quand les soldats ont voulu forcer les portes de l'hôpital, exigeant que les médecins et les infirmières sortent, mains sur la tête. «Nous avons refusé et essayons de les empêcher par tous les moyens d'envahir les lieux», nous a affirmé par téléphone le docteur Shahif, un des responsables de l'établissement.

Nouveau front. La tension ne semblait pas retomber non plus au nord d'Israël, où des échanges de tirs se sont poursuivis hier entre le Hezbollah et Tsahal. Préoccupé par l'ouverture de ce nouveau front, le Premier ministre israélien devait convoquer, hier soir tard, son cabinet de sécurité pour envisager les moyens d'y faire face.

Pétrifiés par l'immobilisme des Etats-Unis, le débordement possible du conflit dans les pays arabes où les populations expriment de plus en plus leur colère contre l'Etat hébreu, et par la vague d'antisémitisme qui menace leurs pays, les Européens tentent de lancer des initiatives pour tenter d'enrayer le drame en cours dans les territoires

LE FIGARO 04/04

Israël poursuit son offensive en Cisjordanie

Les militaires israéliens ont continué leur progression dans les territoires palestiniens, réoccupant plusieurs villes autonomes. Paralysée par

L'armée israélienne a poursuivi hier son offensive en Cisjordanie, encerclant l'église de la Nativité à Bethléem et pénétrant dans deux nouvelles villes autonomes, Salfit et Jénine, alors que la communauté internationale tentait vainement d'arrêter l'embrasement.

A Bethléem, 300 personnes, dont des Palestiniens armés, étaient retranchées à l'intérieur de la basilique de la Nativité, encerclée par les troupes israéliennes. Plusieurs dizaines de Palestiniens en armes, dont certains liés au Fatah, le mouvement du président palestinien Yasser Arafat, s'y trouveraient, selon Tsahal. Certains auraient tiré sur des soldats qui encerclent le bâtiment. « Nous avons tenté d'établir un contact avec eux pour obtenir leur reddition sans effusion de sang », a indiqué une source militaire israélienne. Raanan Gissin, porte-parole du premier ministre israélien Ariel Sharon a précisé que « les soldats qui se trouvent sur place ont reçu l'ordre de ne pas tirer vers la basilique » et souligné que les autorités israéliennes étaient « en contact avec des représentants du Vatican pour mettre fin à cette affaire ».

Des Palestiniens morts ou blessés dans les combats contre l'armée israélienne à Bethléem gisaient dans les rues de la ville, les ambulances ne pouvant pas les atteindre en raison de l'intensité des affrontements. Depuis l'occupation de Bethléem, 25 Palestiniens armés ont été arrêtés par l'armée, selon la radio israélienne. Dans la matinée, Israël a occupé la mairie, faisant dire au premier magistrat de la ville, Hanna Nasser, que « l'armée ne respecte rien, ni les églises ni les municipalités ».

A Ramallah, les troupes israéliennes ont pris le contrôle total du siège de la Sécurité préventive de l'Autorité palestinienne à Beitounia, faubourg de Ramallah, en Cisjordanie, au lendemain de combats violents qui ont dévasté les locaux. Une porte-parole militaire israélienne a affirmé que 60 kg d'explosifs avaient été découverts dans les locaux et que des activistes recherchés par Israël avaient été arrêtés par l'armée mardi soir.

Les chars israéliens sont entrés hier à Jénine et à Salfit, dans le nord de la Cisjordanie. De fortes explosions et des coups de feu ont retenti à Jénine, où plusieurs dizaines de chars ont pénétré sous la protection d'hélicoptères de combat. Trois tireurs palestiniens et un civil, une femme de 27 ans, ont été tués, selon des sources

Le Vatican est intervenu directement auprès des principaux protagonistes du conflit israélo-palestinien pour leur demander de respecter les églises de Bethléem. Pour

Lionel Jospin a souhaité hier faire entendre sa voix en proposant, « personnelle ment », l'envoi d'une « force internationale d'interposition et d'observation » au Proche-Orient. Le premier ministre a estimé que « l'évolution tragique conduit à une impasse absolue ». Il a condamné « les attentats terroristes » contre la population israélienne et « l'usage disproportionné de la force » contre les Palestiniens.

Le gouvernement égyptien a décidé hier de geler ses contacts gouvernementaux avec Israël, « à l'exception des canaux diplomatiques qui servent la cause palestinienne », a déclaré le ministre égyptien de l'Information, Safouat el-Chérif.

La Syrie a entrepris hier de replier ses 20 000 soldats stationnés au Liban vers ses frontières, au terme d'un accord annoncé dans la matinée par l'armée libanaise et qui n'est officiellement pas lié à l'escalade du conflit entre Israël et les Palestiniens. De source diplomatique, on estime qu'il vise à mettre les forces de Damas plus à l'abri de représailles d'Israël au Liban et dénote un souci d'éviter une confrontation directe entre les deux pays.

LE NOUVEL OBSERVATEUR 04/04

Tashal renforce l'offensive

Un soldat israélien et douze Palestiniens ont été tués en ce sixième jour de l'opération visant à démanteler les milices palestiniennes en Cisjordanie.

Les blindés israéliens sont entrés mercredi à Naplouse, à Djénine, à Salfit et dans le camp de réfugiés de Djelazoun, tandis que quelque 120 combattants palestiniens étaient toujours retranchés dans l'Eglise de la Nativité à Bethléem, ville réoccupée depuis la veille par Tsahal.
Douze Palestiniens et un soldat israélien ont été tués mercredi, sixième jour de l'offensive israélienne visant à démanteler les milices palestiniennes et à mettre fin aux attentats.
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a convoqué son cabinet pour qu'il approuve la phase suivante l'opération lancée il y a près d'une semaine pour "détruire les fondations" du terrorisme. Mercredi soir, seules deux villes de Cisjordanie, Hébron et Jericho, étaient encore sous contrôle palestinien.
A Ramallah, Qalqiliya, Djénine, Tulkarem et Bethléem, des chars israéliens patrouillaient, appliquant un couvre-feu très strict qui confinait des centaines de milliers de Palestiniens à leur domicile.

Naplouse

Les blindés israéliens ont encerclé jeudi quatre camps de réfugiés palestiniens proches de Naplouse. Un peu plus tôt, des chars étaient entrés dans cette ville, la plus grande de Cisjordanie, accompagnés par des hélicoptères de combat, selon des témoins. Dans un communiqué, Tsahal a affirmé qu'elle fouillait la ville et procédait à des arrestations.
Une femme a été tuée dans une explosion, selon des habitants, mais les circonstances de son décès n'ont pas été établies. Selon certains, un hélicoptère israélien a tiré un missile qui a atteint une résidence, tuant la femme. Selon d'autres, l'explosion s'est produite à l'intérieur du bâtiment, ce qui montrerait qu'une bombe conçue par un activiste aurait explosé accidentellement. Tsahal a nié avoir ouvert le feu dans cette zone.
Des sources palestiniennes ont également fait état de la mort d'un Palestinien tué par des soldats israéliens.

Djénine

Une trentaine de chars ont pénétré dans Djénine avant l'aube, appuyés par des hélicoptères. Des échanges de tirs ont éclaté entre les militaires israéliens et plusieurs centaines d'hommes en armes à l'intérieur du camp. Selon un bilan palestinien, une infirmière de 27 ans, un adolescent de 13 ans et trois miliciens ont été tués au cours de ces combats. Les militaires israéliens ont pris le contrôle de plusieurs immeubles dominant le camp de réfugiés.
Tsahal considère Djénine comme une base arrière des auteurs d'attentats en Israël. Cette ville du nord de la Cisjordanie est de fait un bastion des Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, mouvement se réclamant du Fatah de Yasser Arafat. Deux kamikazes auteurs d'attentats-suicides la semaine dernière en étaient originaires.
Les chars israéliens, par ailleurs, ont pris position à Salfit, apparemment sans rencontrer de résistance selon des témoins, ainsi qu'à Djelazoun.

Bethléem

Quelque 300 combattants palestiniens étaient toujours retranchés jeudi dans l'Eglise de la Nativité à Bethléem, privés de vivres mais refusant de se rendre. Selon des témoins, l'armée israélienne a fait sauter à l'arme lourde jeudi matin une porte d'un bâtiment du complexe où se trouve la basilique.
L'église reste cernée par les forces israéliennes, a précisé Marc Innaro, un correspondant de la RAI bloqué dans l'édifice par les combats avec cinq confrères. D'après d'autres témoins, une dizaine de ces Palestiniens sont blessés, dont certains grièvement.
Selon le gouverneur de Bethléem Mohammed Madani, Israël a refusé que des vivres et médicaments soient apportés aux quelque 200 occupants de l'église. Outre les combattants, en effet, des religieux et civils palestiniens s'y sont réfugiés pour échapper aux affrontements.

Ramallah

A Ramallah où plus de 800 Palestiniens ont été arrêtés jusqu'à présent par les forces israéliennes, le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat est toujours cerné dans son bureau, au milieu des ruines de son quartier général.

Liban

A l'issue d'une réunion du cabinet de sécurité israélien consacrée à la situation à la frontière avec le Liban, un responsable israélien a indiqué ce jeudi qu'Israël réagira "très durement" à toute nouvelle attaque de la milice chiite du Hezbollah.

LE TEMPS (SUISSE) 04/04

Washington tente de corriger l'effet désastreux de l'alignement de Bush sur Sharon

L'Egypte rompt partiellement avec Israël, la colère monte dans le monde arabe. Le président américain corrige un peu son appui au premier ministre israélien. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, ténor du parti de la guerre qui veut s'en prendre à l'Irak, affirme que Saddam Hussein paie les familles des auteurs d'attentats suicides

George Bush a encore eu une vision. Elle lui est venue au moment où des foules furieuses manifestaient dans les villes arabes, et où Hosni Moubarak, l'allié chèrement payé, décidait de réduire les relations de l'Egypte avec Israël. Une vision? C'est le mot que le président américain emploie quand il se souvient de la promesse faite aux Palestiniens l'automne dernier devant l'ONU: un Etat, au bout du compte. Il l'a utilisé mardi à nouveau, dénonçant ceux qui veulent tuer cette vision (pour lui: les auteurs d'attentats), et mercredi il est allé plus loin. Il admet désormais – ce que Washington, comme Ariel Sharon, refusait obstinément – que des négociations politiques reprennent avec les Palestiniens même en l'absence de cessez-le-feu. Et il s'oppose à l'exil de Yasser Arafat.

Presque un revirement
Par rapport aux propos de samedi, au ranch de Crawford, c'est presque un revirement. Dans cette «intervention du rocking-chair», le président avait béni l'action militaire israélienne dans les territoires autonomes. Que s'est-il passé en deux jours? Un peu de raison semble venir à Washington. Et la voix de ceux (Arabes, Européens, Américains) qui tiennent pour un désastre l'action américaine au Proche-Orient depuis un an commence à se faire entendre. C'est peut-être le début de la fin de l'union sacrée qu'avait scellée le 11 septembre. Après les attentats contre New York et Washington et jusqu'au discours de janvier sur «l'axe du mal», George Bush avait déclenché la réplique que n'importe quel président aurait décidée à sa place. C'est l'action que l'appareil militaro-sécuritaire lui proposait. Mais les hommes qui contrôlent aujourd'hui cet appareil (Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, etc.), et représentent la faction la plus intransigeante en ce qui concerne l'action américaine extérieure, avaient d'autres projets: l'usage étendu de la force contre les réseaux terroristes, mais aussi et d'abord contre l'Irak. Ces plans dictaient au Proche-Orient une politique très différente de celle de Bill Clinton: mains libres au gouvernement israélien pour mater les Palestiniens, profil bas des Etats-Unis occupés ailleurs. Cette politique, quand on promet en même temps – vaguement – un Etat aux Palestiniens, est simplement impraticable. Pour comprendre pourquoi, il suffit d'écouter Ariel Sharon. Le premier ministre israélien a (outre George Bush) un très bon ami américain: William Safire, éditorialiste au New York Times. Quand il a quelque chose d'un peu rude à dire aux Etats-Unis, Sharon appelle Safire. Il vient de le faire, pour expliquer l'expédition militaire dans les Territoires, et pour affirmer ceci: il n'y aura jamais de retrait sur les frontières de 1967, et la vallée du Jourdain demeurera sous contrôle militaire israélien. Donc, en fait, pas d'Etat palestinien. George Bush vivrait assez bien avec cette contradiction. Le parti de la guerre encore mieux: l'Etat palestinien, il n'y pense même pas; il n'y voit que des foyers terroristes à détruire. Donald Rumsfeld a réaffirmé hier, sans preuve, que Saddam Hussein offrait des récompenses aux familles des kamikazes palestiniens, et qu'il avait monté la cagnotte à 25 000 dollars. Le patron du Pentagone, on le voit, n'abandonne pas sa direction: Bagdad. Le vieux conflit proche-oriental est secondaire, et Ariel Sharon est bien armé. Ce bellicisme sans fard commence à réveiller les modérés de Washington, et en particulier ceux qui se sont attelés depuis dix ans à résoudre le long affrontement israélo-palestinien. Ils pensent que le désengagement de l'administration Bush était une folie. Ils proposent – comme Denis Ross, le représentant de Clinton au Proche-Orient – une remobilisation de la diplomatie américaine, et la garantie militaire (Etats-Unis ou OTAN) de l'application d'un règlement. Mais le plus vigoureux critique de l'attitude de l'administration, c'est Zbigniew Brzezinski, l'ancien conseiller à la sécurité de Jimmy Carter. Pour lui, le manichéisme bushien («Vous êtes avec nous ou contre nous») est une attitude léniniste, particulièrement absurde au Proche-Orient. L'appui donné à Ariel Sharon est pour lui contre-productif: il ne réduira pas durablement la violence, il rendra plus difficiles de nouvelles négociations. «Je ne vois pas de quelle manière le fait de plonger la partie palestinienne de l'équation dans l'anarchie peut contribuer au processus de paix», dit-il.

Prix électoral
La petite concession que George Bush a faite hier – des négociations politiques sans cessez-le-feu – montre que la critique n'est pas vaine. La Maison-Blanche prend conscience du prix électoral que pourrait représenter un conflit échappant à tout contrôle. Tony Blair, qui va venir voir le président, saura peut-être l'écarter un petit peu plus du parti de la guerre. L'Irak, ce sera peut-être pour plus tard. Peut-être...

Israël rejette l'appel de Romano Prodi en faveur d'une conférence internationale

Divisés sur la marche à suivre, les Quinze tentent tant bien que mal de reprendre l'initiative pour éviter une extension du conflit.

Comment empêcher que la situation ne se détériore davantage et ne contamine toute la région tout en évitant de se ridiculiser par un nouvel appel au dialogue auquel Ariel Sharon fera comme à l'accoutumée la sourde oreille? Pris au dépourvu par l'offensive militaire de grande envergure lancée par Israël contre l'Autorité palestinienne et son président, les chefs de la diplomatie de l'Union européenne ont tenu mercredi soir à Luxembourg une réunion extraordinaire pour étudier les moyens de sortir de l'impasse au Proche-Orient.
Illustration de leur impuissance dans un conflit où Israël peut se targuer du soutien tacite de l'administration américaine dans sa «guerre» contre le «terrorisme»: l'Etat hébreu a opposé une fin de non-recevoir catégorique à un nouvel appel lancé hier par le président de la Commission européenne en faveur d'une conférence internationale sur le Proche-Orient. Outre l'Union, a expliqué Romano Prodi avant son départ pour Luxembourg, elle devrait réunir les Etats-Unis, la Russie, l'ONU, les pays arabes modérés ainsi que les deux parties en cause, les Israéliens et les Palestiniens. Tout en réaffirmant que le chef de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, est aux yeux des Quinze «le seul interlocuteur possible pour Israël», le président de la Commission a estimé que seule une médiation internationale – les Palestiniens y sont favorables – peut permettre une relance du processus de paix. «Aucune autre solution n'est envisageable», a-t-il déclaré, en exhortant les deux parties à décréter immédiatement un cessez-le-feu et en appelant Israël à retirer ses troupes des villes palestiniennes y compris de Ramallah, siège de la centrale palestinienne, conformément à la résolution 1402 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Force d'interposition
Divisés sur la marche à suivre – la France et la Belgique réclament une action énergique alors que la Grande-Bretagne, l'Allemagne et les Pays-Bas hésitent à se démarquer de la politique pro-israélienne de l'administration américaine –, les Quinze devaient évoquer à Luxembourg plusieurs options. La France a proposé hier par la voix du président Jacques Chirac qu'une délégation emmenée par le chef du gouvernement espagnol dont le pays préside l'Union, José Maria Aznar, se rende dans la région pour rencontrer le chef du gouvernement israélien Ariel Sharon et Yasser Arafat. En pleine campagne électorale, le premier ministre français Lionel Jospin a suggéré dans la foulée le déploiement au Proche-Orient d'une force internationale d'interposition, une initiative rejetée jusqu'ici par l'Etat hébreu et les Etats-Unis. Plusieurs voix, notamment celles des socialistes européens, s'élèvent d'autre part pour demander la suspension de l'accord d'association conclu entre Israël et l'Union. Aucune de ces initiatives n'est cependant susceptible de réunir un consensus dans l'immédiat. Une nouvelle mission dans la région du haut représentant de la diplomatie européenne, Javier Solana, pourrait bien constituer à ce stade le seul dénominateur commun entre les Quinze.

LE PARISIEN 04/04


Proche-Orient: violents combats à Naplouse

Les chars israéliens entrés mercredi soir à Naplouse occupaient jeudi le centre de cette ville où se déroulent de violents combats: les combattants palestiniens répliquaient par des tirs de mortier en direction des soldats israéliens qui faisaient feu sur eux au canon de char et à la mitrailleuse lourde à Naplouse.

En fin de matinée, des tirs intenses, essentiellement au canon de char et à la mitrailleuse, étaient toujours entendus depuis la périphérie de Naplouse. Des explosions d'origine indéterminée étaient aussi entendues, tandis qu'à Bethléem l'épreuve de force se poursuivait autour de la basilique de la Nativité.

Depuis la colonie juive d'Elon More, située sur une colline dominant Naplouse, ont pouvait distinctement voir une grande colone de fumée grise s'élevant d'un immeuble du centre-ville. Les rues étaient désertes et aucune voiture ne circulait dans l'agglomération dont toutes les voies d'accès étaient gardées par des détachements de chars et de soldats israéliens. L'armée israélienne a commencé d'envahir la ville mercredi soir. Plus de 100 chars sont entrés dans la cité, selon des responsables palestiniens.

Le porte-parole de l'armée, le général Ron Kitrey, a indiqué que les soldats israéliens avaient arrêté 1.100 Palestiniens au cours de ces opérations. Parmi ces personnes figurent de "nombreux Palestiniens recherchés, soupçonnés d'être impliqués directement dans des attentats sanglants", a-t-il affirmé.

A Bethléem, ville natale du Christ, l'épreuve de force se poursuivait jeudi dans l'église de la Nativité, cernée par l'armée israélienne, et où sont réfugiés depuis mardi entre 200 et 400 Palestiniens, hommes armés ou civils, parmi lesquels des femmes, des personnes âgées et plusieurs dizaines de religieux. Les forces israéliennes encerclent l'église, située dans le centre de la ville. Les occupants ont indiqué qu'ils commençaient à manquer de nourriture et utilisent les réserves du couvent adjacent à l'église. L'armée poursuit d'autre part à Ramallah le siège du quartier général de Yasser Arafat - que le Premier ministre Ariel Sharon a déclaré "ennemi d'Israël".

Depuis le lancement, vendredi, de son offensive en Cisjordanie, l'armée israélienne a progressivement pris le contrôle des villes autonomes palestiniennes de Ramallah, Tulkarem, Kalkiliya, Jénine - où un soldat israélien a été tué jeudi -, Bethléem et Naplouse. Seules Hébron et Jéricho n'étaient pas, jeudi matin, aux mains des Israéliens.

Une délégation de l'Union européenne, conduite par le ministre espagnol des Affaires Etrangères, Josep Piqué et du haut-représentant de l'UE pour la politique extérieure Javier Solana, devait arriver dans la journée à Jérusalem pour tenter une médiation. Mais, accusant l'UE de partialité, un officiel israélien a indiqué que son pays empêcheraient à cette délégation de rencontrer Arafat, afin de maintenir le chef palestinien dans l'isolement. En revanche, Sharon devrait autoriser jeudi l'émissaire spécial américain au Proche-Orient, Anthony Zinni, à rencontrer M. Arafat. D'autre part, face à l'aggravation de la situation à sa frontière avec le Liban, Israël a décidé de ne plus tolérer aucune attaque du Hezbollah, la milice chiite libanaise, et de réagir "très durement" le cas échéant.

Sur le plan diplomatique, le Conseil de sécurité de l'ONU devait reprendre dans l'après-midi ses travaux consacrés à la crise au Proche-Orient.

LE QUOTIDIEN DU MÉDECIN 04/04

Ce que dit Kissinger

a charge émotionnelle contenue dans le conflit entre Israël et Palestiniens nous disqualifie à peu près tous sur le plan de l'objectivité. La guerre n'entraîne pas que des ravages à Jérusalem et à Bethléem, elle apporte à nos jugements des distorsions que la vue du sang suffit à expliquer.

On continuera néanmoins de s'étonner de ce que Leila Chahid puisse s'exprimer pendant dix minutes, montre en main, sur une radio française, sans être interrompue une seule fois par une question sur les attentats qui ont ensanglanté plusieurs villes israéliennes et ont relancé l'assaut israélien contre les villes palestiniennes ; de ce que, dans un commentaire publié par « le Figaro », il soit affirmé que l'intifada n'a pas été voulue par Yasser Arafat, mais a été « spontanée », ce qui occulte les mois de propagande haineuse qui l'ont précédée pendant que M. Barak négociait avec M. Arafat ; de ce que le numéro joué à Ramallah par des Européens, dont José Bové, qui ne cachent pas que seule leur importe la cause palestinienne et n'ont pas songé à se rendre sur les lieux des attentats, soit considéré comme un témoignage sérieux.

Une claire incohérence

Mais peu importe. Il est vrai que la répression israélienne coûte cher en vies israéliennes et n'est sans doute pas la bonne méthode pour venir à bout de la violence palestinienne, encore que personne ne puisse affirmer non plus que, si les Israéliens tendaient un rameau d'olivier aux Palestiniens après chaque attentat, ils n'encourageraient pas les terroristes, dont le message est d'une très claire incohérence : nous avons le droit de tuer, vous n'avez pas le droit de riposter.
Laissons tout cela. La finalité de toute polémique, c'est de ne convaincre personne, de sorte qu'on peut se demander pourquoi il y en a tant. Essayons de prendre nos distances.
Dans « Newsweek » de la semaine dernière, l'ancien secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger publie un article de deux pages dans lesquelles il évoque le rôle des Etats-Unis dans la crise du Proche-Orient. M. Kissinger est l'homme qui a conduit les Israéliens et les Egyptiens, au lendemain de la guerre de 1973, à conclure un traité de paix qui, bien qu'il n'ait pas vraiment dégelé les relations entre les deux pays, est en vigueur depuis vingt-trois ans. Il n'est peut-être ni un modèle indiscutable ni la statue du Commandeur, mais cette paix, c'est lui qui l'a faite et il ne l'aurait pas faite s'il n'avait eu la confiance de l'Egypte et d'Israël.
Que dit-il aujourd'hui ? « Le rêve secret des Israéliens est la légitimation du statu quo. Pour les Palestiniens, ce sont des conditions imposées qui réduiraient Israël au territoire de 1967, ce qui pourrait faciliter la destruction de l'Etat juif. »
En conséquence, M. Kissinger ne croit pas que le plan saoudien qui prévoit le retour d'Israël aux frontières de 1967 en échange de la reconnaissance de l'Etat hébreu par les pays arabes, soit de nature à conduire à la paix, même s'il salue l'initiative saoudienne.

Une simple ligne de cessez-le-feu

Il écrit : « La "frontière" d'avant 1967 en Palestine n'a jamais été une frontière internationale mais une ligne de cessez-le-feu établie à la fin de la guerre de 1948. Elle n'a jamais été reconnue par aucun pays arabe avant la guerre de 1967 et n'a été acceptée récemment, à contrecœur, que par des Etats qui ne reconnaissent toujours pas la légitimité d'Israël. Je n'ai jamais rencontré un Premier ministre ou un chef d'état-major israélien qui considère que cette frontière soit défendable (...)? Car elle laisse un corridor d'à peine 12 kilomètres de large entre Haifa et Tel-Aviv. »
L'ancien secrétaire d'Etat examine ensuite l'intérêt d'une reconnaissance d'Israël par les Etats arabes. Dans toutes les négociations, explique-t-il, la reconnaissance réciproque des parties est considérée comme acquise, elle ne saurait être comprise comme une concession. « En fait, la non-reconnaissance implique la non-existence légale de l'autre Etat, ce qui, dans le contexte du Proche-Orient, revient à peu près à avoir l'option de le détruire (...). L'accord de paix entre Israël et l'Egypte (...) n'a guère amélioré les relations économiques et cuturelles » entre les deux pays.
Pour M. Kissinger, l'offre saoudienne est intéressante dans la mesure où elle pourrait produire un cessez-le-feu et des négociations sans conditions. Mais s'il s'agit de faire en sorte que les Etats-Unis contribuent à l'insécurité d'Israël, la stabilité de la région n'en sortirait pas renforcée.
Puis il examine le problème du terrorisme : « Israël fait face à la dynamique classique de la guérilla telle qu'elle a fonctionné pendant deux générations. Non seulement les guérilleros n'hésitent pas à pratiquer le terrorisme, mais ils en pratiquent une forme outrancière parce que des représailles violentes, émotionnelles et excessives servent leur objectif : déclencher une intervention internationale, notamment celle des Etats-Unis. »
Cette tactique érode les capacités de défense d'Israël et les moyens dont il dispose pour assurer sa survie, alors que la communauté internationale déplore les excès de la répression. C'est pourquoi M. Kissinger exprime ses doutes sur la proposition saoudienne, saluée aussi, et avec quel empressement, par les Européens : « Des frontières indéfendables ne sont pas la solution (...) Après Oslo, les Israéliens savent que le schisme fondamental est entre les Palestiniens qui veulent détruire Israël en continuant la lutte et ceux qui pensent qu'une meilleure stratégie consisterait à rassembler leurs forces pour un affrontement final qui aurait lieu plus tard.
Même si ceux qui signeraient l'accord n'avaient pas d'arrière-pensées, personne ne peut dire, poursuit M. Kissinger, que leurs successeurs ne seraient pas des radicaux. Si, comme il a été expliqué, Arafat ne peut pas accepter un cessez-le-feu permanent avant de négocier (...), pourquoi la même condition ne serait-elle pas applicable après un accord de paix ? »
M. Kissinger en conclut qu'un accord global est pour le moment irréalisable et qu'il vaut mieux appliquer sa politique des petits pas. Il propose un programme « qui combine le respect de la dignité arabe avec les impératifs de survie d'Israël ».
A tous ceux de nos lecteurs qui remettraient en cause la forme sous laquelle nous avons rapporté les idées de M. Kissinger, nous proposons de lire l'original.